Va vers toi -même, lekh lekha לך לך

Publié le par heureusemaman

Va vers toi -même, lekh lekha לך לך

 

Cantiques des cantiques 2 : 10 et 13

'' Lève-toi vers toi-même … et va vers toi-même ! ''

Traduction Chouraqui

 

Genèse 12 : 1

'' Va pour toi … ''

 

Note : Dans le texte hébreu, il s'agit de la même expression.

 

 

C'est à la fin du confinement, alors que je venais de parcourir un bon bout de chemin dans mon processus de guérison et de restauration intérieure, que le Seigneur m'a interpellée un soir par l'expression '' lekh lekha '' (prononcer ' r ' le '' kh ''). J'ai soudainement eu à cœur de lire le Cantique des Cantiques et je suis littéralement restée suspendue à cette expression. Je pensais en effet qu'elle ne se trouvait qu'en Genèse 12: 1 et grande fut ma surprise de la découvrir également dans un tel contexte : celui du Bien-Aimé qui arrive et parle à Sa Bien-Aimée. Les premiers mots qu'Il lui dit sont : '' Lève-toi vers toi-même … et va vers toi-même ! ''. Et non, comme tous les fiancés et amoureux de l'humanité face à celle qu'ils aiment : '' je t'aime, viens vers moi, viens à moi, etc ….'' Je me suis dit qu'il devait y avoir là un mystère, quelque chose de beau et de caché qu'il me fallait comprendre, puisque visiblement le Saint -Esprit m'interpellait sur cette expression. Et je me suis mise en quête … Plusieurs semaines plus tard, voici le fruit de ma réflexion, de ma compréhension. Comme une synthèse de ce que j'ai compris en demandant au Seigneur de m'éclairer, mais aussi de ce que j'ai lu et entendu.

 

Je suis émerveillée et profondément émue de l'attitude du Bien-Aimée, de l'amant, de l'Amour : Il y a dans cette invitation à aller vers soi-même un profond respect de la différence et de l'altérité. '' Je ne t'appelle pas à devenir moi, à venir vers moi pour te fondre en moi, mais à aller vers toi-même. ''. Se fondre en l'autre, devenir l'autre, se mêler en et à l'autre, c'est devenir confus (cf latin confundere). La confusion dans les relations, la négation de l'altérité de l'autre, le refus de la différence, la négation de qui est autre que soi, quelle que soit la forme que cela prend, n'est jamais la volonté de Dieu. Il y a là une grande matière à réflexion pour le couple. '' Devenir une seule chair '' ( Genèse 2 : 24 ) n'implique aucunement de se perdre en l'autre et de ne plus être soi-même.

Pourtant, la Bien – Aimée est bel et bien au Bien-Aimé puisqu'on retrouve de nombreux adjectifs possessifs dans les versets 10 à 13 de ce chapitre 2 du Cantique des cantiques : '' ma compagne, ma belle, ma palombe '', et il y a un lien d' unité entre les deux : '' notre terre ''.

 

Par ailleurs, cette invitation à aller vers soi-même est précédée d'un verbe qui rappelle les verbes de la résurrection, du renouveau et de la guérison dans le Nouveau Testament : '' lève-toi '' ( cf Marc 2:11, Matthieu 9:6 etc …). Cela résonne avec l'expression araméenne que Jésus dit à la fille de Jaïrus lorsqu'il la releva : '' Talitha koum '' , ταλιθα κουμ, ce qui signifie '' Jeune fille, lève-toi, je te le dis '' (Marc 5:41) Il y a donc une dynamique de vie dans cet appel du Seigneur à aller vers soi-même, quelque chose de l'ordre de la vie divine, de la vie de Dieu en nous, qui va être créé, mis en œuvre, acté par le Bien-Aimé.

 

Il ne s'agit donc absolument pas d'aller vers soi -même pour plonger dans quelque chose d'égoïste et de centrer sur soi uniquement (une égoïsation du je), il ne s'agit pas d'un prétexte au repli sur soi ou à un éloignement de Dieu, il ne s'agit pas d'aller vers une appartenance à soi-même et de ne pas être dans une unité avec l'autre, l'Autre. '' Lekh lekha '', c'est : '' trouve-toi, définis -toi, rencontre -toi avec toi-même, mais que ce soit toujours en vue d'une connaissance de l'autre qui puisse être une re-connaissance '' : '' mon amant est à moi, et moi à lui '' (C. des C. 2 : 16). La Bien-Aimée n'est pas appelée à faire cavalier seul mais à entrer dans une profondeur envers elle-même qui va la conduire au plus près du cœur de son Bien-Aimé. C'est un appel à une résurrection, à un (nouveau) départ, à un éveil qui va permettre à la fiancée, à l'amante, à l'amoureuse, de rencontrer sa propre destinée.

 

Autrement dit, il y a là une invitation très clair : l'amour, l'Amour, appelle à sortir des faux-moi dans lesquels se perd l'âme, des faux-dialogues, avec courage, pour trouver son être véritable, cette identité capable d'accéder à une authentique relation interpersonnelle. Afin que cette rencontre soit véritablement la rencontre d'un '' je '' avec le ''Je '' divin de l'amour inconditionnel. C'est aller vers soi-même pour mieux aller vers l'Autre, puis l'autre. C'est aller vers soi-même pour aller vers l'Autre/ l'autre à partir de notre moi profond, vrai, réel, et non de nos apparences. Parce que, aussi, c'est au fond de soi-même que l'on peut entendre la voix de Dieu, de l'Amour parfait et inconditionnel, qui résonne en nous et nous appelle '' ma bien- aimée ''. Lekl lekha, c'est, in fine, me mettre en marche et aller à la rencontrer de Celui qui m'appelle à l'Amour à partir de ce que je suis réellement et non de ce que je crois, prétend ou rêve d'être. A partir de la vérité de mon passé, de mon vécu, de mes blessures, de mes forces et de mes vulnérabilités. Lekh lekha, c'est permettre à la vérité et à l'Amour de travailler ensemble à la guérison et à la restauration de ma vie pour me conduire dans des relations saines.

 

Comme si Dieu frappait à l'intérieur de notre être, et que nous aurions simplement à Le reconnaître, à prendre conscience qu'Il est là et attend, '' guettant aux fenêtres, épiant aux treillages '' ( C. des C. 2 : 9) de notre cœur : '' Voici, je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec moi '' (Apocalypse 3 : 20). Dieu souhaite nous rencontrer dans les profondeurs de nos êtres, là où se trouve la vérité de nos vies, pour y déposer la vérité de Sa vie en nous : Sa grâce, Son pardon, Sa purification, Sa guérison, Son amour pur, parfait, inconditionnel, Sa sainteté. Et l'Esprit Saint nous aide à faire le trajet, la plongée, bien réelle, dans nos profondeurs, aussi bien dans les zones d'ombre que dans les zones de lumière, jusqu'au centre de nous-mêmes.

Entrer dans ce lieu secret connu de soi-seul, où se trouve la vérité du soi-profond, c'est le début d'une authentique et véritable rencontre avec Dieu : '' rentrant alors en lui-même, il se dit ….. je vais aller vers mon père.... '' ( cf Luc 15 : 17-18).

La Parole (logos) et parole (rhéma) de Dieu vont nous éclairer dans cette '' orientation vers soi-même pour mieux aller au Père '', la grâce va permettre ce chemin de retour et le changement de direction.

Aller, comme Dieu l'a demandé à Abram, vers sa propre terre intérieure, vers son '' je '' réel et authentique, c'est accepter de se laisser féconder (Genèse 17:6) par le Véritable dans notre véritable moi et recevoir notre véritable nom, comme Abraham, afin de devenir véritablement soi- même, ce soi tel que décrit en Éphésiens 2 : '' choisis en Lui avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et irréprochables sous Son regard, dans l'amour …. prédestinés à être des fils [ et des filles ] adoptifs [adoptives] par Jésus Christ ; ainsi l'a voulu Sa bienveillance … et la grâce dont Il nous a comblés en Son Bien-Aimé : en Lui, par Son sang, nous sommes délivrés, en Lui, nos fautes sont pardonnées … '' (version TOB).

 

L'être est donné par Dieu à chacun ( '' en Lui nous avons la vie, le mouvement et l'être '', Actes 17 :28), personne ne peut nous le prendre, quelques que soient les abus vécus dans n'importe quel domaine et qui nous donnent cette horrible sensation de nous être fait voler des parties entières de notre soi. Il s'agit de retrouver le chemin de l'être en soi, de notre être profond, de Dieu en nous : '' Ne reconnaissez-vous pas, à l’égard de vous-mêmes, que Jésus-Christ est en vous ? '' (2 Cor. 13 : 5). Ceci est un chemin strictement personnel. Personne ne peut l'accomplir à notre place. Être ainsi en contact avec notre cœur profond va nous faire faire retour vers notre histoire, notre passé, et l'assumer, le regarder en face, cesser de le fuir. Pour mieux en être guéri et pouvoir nous déployer, libre, pacifié et unifié.

 

Mais nous ne sommes pas seuls dans ce trajet, dans ce qui est parfois pour nous un long et douloureux voyage, car c'est Dieu Lui -même qui nous y invite, nous y appelle : '' retourne au pays de tes pères et de ta famille. Je serai avec toi. '' (cf Genèse 31:3). '' Je serai avec toi, JE sera avec toi, pour te guider, t'envelopper, te restaurer, t'établir dans ton véritable ' je ', celui que tu es en Lui. C'est le grand et unique ' JE SUIS '' qui donnera l'être et la vérité de ton propre ' je suis ', non plus les autres, ton passé, ton histoire, ta famille, etc …. '' Ne te l'ai je pas prescrit : sois fort(e) et courageux-se, Ne tremble pas, ne te laisse pas abattre, car le Seigneur, ton Dieu, sera avec toi, partout où tu iras '' (Josué 1 : 9), y compris lorsque tu vas vers toi-même, dans ce qui est perdu, détruit, souffrant, confus, chaotique, révolté, lorsque tu sors des illusions sur toi-même et découvre la vérité, lorsque tu fais lekh lekha pour mieux entrer dans la destinée qui est la tienne ( cf Éphésiens 2 cité plus haut). C'est seulement dans ce processus, au cours de ce cheminement que, petit à petit, les choses anciennes passent et toutes choses deviennent nouvelles (cf 2 Corinthiens 5:17). Il s'agit de sortir du bavardage et de l'agitation pour entrer dans le silence intérieur et l'écoute de soi-même, de Dieu , du Saint-Esprit qui fait entendre la voix de la vérité et de la grâce au-dedans de nous -mêmes. C'est dans ce silence et cette écoute, en creusant en soi comme on creuse dans un champ, qu'on découvre le trésor, la source de son existence, la présence de Dieu, du Père. Nous ouvrons à Sa lumière l'intégralité de notre vie, de notre histoire et de notre présent. Le retour à Dieu se vit dans le retour vers soi-même, dans le '' rentrer en nous '' pour ramener au bercail du Père les parts de nous qui sont devenues comme des brebis errantes, dispersées, perdues (cf les paraboles du Fils prodigue et de la brebis perdue).

 

Lorsque nous assumons ce trajet de retour à nos racines, lorsque nous nous remettons en route à partir de ce que nous sommes, lorsque nous affrontons pleinement notre histoire à la lumière de Sa présence, la bénédiction se trouve au bout, au cœur même de notre histoire tortueuse : nous rencontrons Dieu au cœur de notre réalité la plus confuse, la plus enfouie et c'est dans cette rencontre que l'on devient soi-même, librement soi-même.

 

Ce qui est vécu au cours de ce parfois très long trajet de retour à notre terre intérieure, de ce lekh lekha, et au cours de ce trajet au pays de nos pères, nous est donné pour participer à la construction de ce que Jésus appelle le Royaume, Son Royaume qui s'établit en nous en tout premier lieu pour que nous puissions ensuite, peut-être, aider d'autres à entrer dans leur propre lekh lekha.

 

Alors oui, à chacun et chacune : '' Lekh lekha ! Et ' qu'Il illumine les yeux de votre coeur, pour que vous sachiez quelle est l'espérance qui s'attache à Son appel, quelle est la richesse de la gloire de Son héritage qu'Il réserve aux saints '. '' ( Éphésiens 1:18 )

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