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30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 11:00

Extrait d'une allocution de Laurent Lafforgue sur l'enseignement chrétien (mail reçu de la liste Homeschooling chrétien)

 

Laurent Lafforgue est un mathématicien français, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure (Ulm) sorti major de sa promotion, professeur permanent à l'IHÉS (Institut des Hautes Etudes Scientifiques), Médaille  Fields 2002 (attribuée à l'occasion du Congrès International des Mathématiciens de Pékin), élu membre de l'Académie des Sciences de Paris
en 2003, co-auteur d'un ouvrage collectif explosif sur La débâcle de l'école/ Une tragédie incomprise , François-Xavier de Guibert éditeur, septembre 2007, 22 euros, 248 pages. Il est connu pour ses travaux de génie sur le programme de Langlands en mathématiques, qui lui ont valu la Médaille Fields (l'équivalent du Prix Nobel pour les mathématiques).
 
On appréciera dans ce texte, non seulement la justesse de ses vues et de son analyse, mais aussi 

* son amour pour le peuple juif, et sa compréhension scripturaire que l'Église est liée de façon indissoluble à Israël (ceci mérite d'être souligné, venant d'un catholique français et intellectuel d'élite);
 
* son amour pour les Écritures et sa reconnaissance de leur source de  fécondité intellectuelle et spirituelle [alors qu'aujourd'hui précisément la suprématie de l'image par la télévision et les jeux  vidéos constitue une sérieuse entrave à l'apprentissage de l'écriture, de l'écrit et de la langue et donc à l'agilité intellectuelle, sans parler de la méthode de lecture globale];

* sa compréhension des relations existant entre les sciences de la nature (et en particulier les mathématiques) et la Parole de Dieu, Christ;
 
* son fin discernement concernant l'esprit du monde, la position de l'Église vis-à-vis du monde et de l'État.

 

EXTRAIT DE L'ALLOCUTION :

 

 "La raison d'être de l'école est d'enseigner la vérité. Or, selon la propre promesse du Christ, « la vérité vous rendra libres » (Jn 8,32).  La liberté est un risque. Elle ne fait pas disparaître la possibilité du mal, au contraire elle l'exacerbe, comme elle magnifie les possibilités de connaître et de servir le bien suprême et véritable qui est Dieu révélé en Jésus-Christ. (...)
S'il est vrai que nous devons remettre en question ce que nous nous sommes habitués à faire et à penser, comment procéder ? Comment sortir d'une pensée habituée ? Comment concevoir et mener une action réellementplus fidèle au Christ ?
À mon avis, ce n'est pas en continuant à obéir au principe du primat de l'action qui domine notre monde depuis plusieurs siècles sous la double forme de la politique et de l'économie. L'Écriture sainte ne dit pas en effet comme Goethe : « Au commencement était l'action. » Elle dit : « Au commencement était le Logos - le Verbe, la Parole. » La parole dont il s'agit est la Parole éternelle de Dieu, donc une parole qui ne vient pas de nous et face à laquelle l'attitude adéquate est l'écoute.
Même dans le seul but de refonder l'école, nous devons, bien avant de songer à concevoir et inaugurer aucune action nouvelle, et avant même de commencer à reconstruire une pensée, nous mettre à l'écoute de la Parole de Dieu incarnée dans le Christ.

En revanche, et puisque je me suis présenté au début de cette conférence comme un lecteur, je suis peut-être un peu moins mal placé pour affirmer  qu'il est indispensable, pour chacun d'entre nous, de consacrer davantage de temps de lecture au Christ qu'aux clameurs du monde. Chaque semaine de notre vie, nous devons consacrer davantage d'heures à lire les Écritures, leurs commentaires appartenant au trésor de l'Église et les textes de la tradition et du magistère de l'Église qui parlent directement du Christ, qu'à prêter l'oreille aux voix du monde qui, s'exprimant par tous les moyens de communication, font le siège de nos esprits. Il s'agit en particulier des média, et j'y inclus ceux qui se disent chrétiens : la plupart - en tout cas tous ceux dont la diffusion dépasse les quelques milliers - expriment beaucoup plus l'esprit du monde que celui du Christ et de son Église, et contribuent à séculariser  toujours davantage les âmes. (...)

Parmi les lectures directement en rapport avec le Christ, certaines paraissent particulièrement propres à nourrir les personnes chargées d'éducation. Dans les Écritures, pensons d'abord aux livres sapientiaux de l'Ancien Testament. Ces livres contiennent les principes nécessaires pour  concevoir une véritable éducation. Le programme du livre des Proverbes, annoncé dès les premiers versets, est de « connaître sagesse et discipline, pour pénétrer les discours profonds, pour acquérir une discipline avisée - justice, équité, droiture - pour procurer aux simples le savoir-faire, au jeune homme le savoir et la réflexion. » (Pr 1,24)
N'est-ce pas déjà beaucoup, plus que ne donnent la plupart des écoles ? L'Ecclésiaste exprime les doutes qu'une sagesse mondaine ne peut manquer d'éveiller : « Mon cour en est venu à se décourager pour toute la peine que j'ai prise sous le soleil. Car voici un homme qui a travaillé avec sagesse, savoir et succès, et il donne sa part à celui qui n'a pas travaillé : cela aussi est vanité, et c'est un tort grave. Car que reste-t-il à l'homme de toute sa peine et de tout l'effort pour lequel son cour a peiné sous le soleil ? Oui, tous ses jours sont douloureux et sa tâche est pénible ; même la nuit il ne peut se reposer, cela aussi est vanité ! » (Qo 2,2023) Qui ne se sent rejoint dans le découragement qui l'accable ? (...)
 
Je crois essentiel aussi de lire les Pères de l'Église - y compris dans la perspective de l'éducation. Ils ont donné à la foi ses premiers développements intellectuels, historiquement fondateurs. Confrontés comme nous à une société et à un État hostiles, ils ont su parler au monde sans se rendre au monde, purifier la culture et inculturer la foi. Notre situation ressemblant de plus en plus à celle, très difficile, qu'ils ont connue, nous pouvons les lire et les méditer dans l'esprit de nous mettre à leur école.

L'étude des réalisations de l'Église en matière éducative n'est pas la  seule à pouvoir nous inspirer. Je pense particulièrement à la tradition juive, et ce pour plusieurs raisons :
La première, la plus fondamentale parce que théologique, est qu'il existe un mystère d'Israël et que ce mystère est inséparable du mystère de l'Église. L'Église est née dans le peuple juif. Elle possède avec lui des liens scripturaires, théologiques, historiques et humains sans équivalents dans l'histoire d'aucune religion. Puisque « les dons et l'appel de Dieu sont sans repentance » (Rm 11,29) et que « ce n'est pas [le païen devenu chrétien] qui porte la racine [juive] mais la racine qui le porte » (Rm11,18), les chrétiens doivent prêter grande attention à ce que vit et fait le peuple juif, dans son étonnante diversité. C'est particulièrement vrai dans le domaine de l'éducation et de la transmission, auxquelles ce peuple attache davantage d'importance et de soin qu'aucun autre.
Son génie de l'éducation constitue d'ailleurs la seconde raison, pour des chrétiens, d'étudier sa tradition et de se confronter à elle. Permettez-moi de lire quelques lignes d'un ami mathématicien, d'origine juive ukrainienne, père d'une famille de sept enfants, et devenu un catholique très profond : « Celui qui a goûté une fois la paix, la simplicité, l'amabilité et la douceur d'une telle famille [juive religieuse] ne les oubliera jamais. On n'improvise pas le rôle du père de pareille famille - on se prépare pour sa paternité future pendant des années en étudiant la Thora, les traités pertinents du Talmud, en discutant sans relâche les questions difficiles du statut familial avec ses professeurs, ses compagnons d'étude, avec une assiduité que nous autres ne rencontrons que dans le milieu professionnel... » Avouons que, par comparaison, presque tous les chrétiens s'occupent en effet en amateurs de l'éducation de leurs enfants.  Ce père de famille juif, au contraire, n'a pas négligé d'étudier pendant plusieurs années dans une yeshiva, en Israël, alors même qu'il était devenu chrétien. Je lui ai demandé ce que des chrétiens devraient  étudier en priorité pour devenir d'authentiques éducateurs ; il m'a répondu en citant immédiatement les livres sapientiaux de l'Ancien Testament, évoqués tout à l'heure. Je pense comme lui que nous chrétiens aurions beaucoup à apprendre des Juifs - et particulièrement des juifs orthodoxes - en matière d'éducation.
Les fruits de l'éducation dispensée dans les familles juives se manifestent par une extraordinaire fécondité intellectuelle. Selon un paradoxe auquel nous sommes trop habitués mais qui ne devrait pas cesser de nous étonner, tant il redouble le mystère du peuple juif et de l'Église, les Juifs sont devenus de meilleurs serviteurs que les chrétiens de cette institution éminemment chrétienne qu'est l'Université. Comme je suis bien placé pour le constater chez les mathématiciens, la contribution de nombreuses personnes juives à une discipline de la connaissance a pour effet, au-delà de la créativité propre à chacune de ces personnes, de hausser le niveau général et d'arracher tout le monde à la médiocrité. Or la médiocrité - au moins intellectuelle - marque trop souvent la vie des paroisses, des aumôneries et, je le crains, des établissements catholiques. Une meilleure connaissance de la tradition juive et une relation la plus directe et la plus régulière possible avec des représentants des écoles juives, constitueraient un moyen puissant de se garder contre la médiocrité, qui est indigne du service du Christ.
Enfin, nous pouvons apprendre de la tradition juive encore une autre leçon : ne pas mettre sa confiance dans l'État, quel qu'il soit, ni dans aucune puissance séculière. Nous en avons d'autant plus besoin que nous français sommes des idolâtres de l'État depuis la Révolution, Louis XIV ou peut-être même avant. Le peuple juif, au contraire, a appris à se passer de l'État, et à se garder des administrations, dans la situation de minorité en butte à une société et des pouvoirs hostiles, qui a été la sienne depuis si longtemps. Une situation qui est devenue aussi la nôtre, bien que nous n'y soyons pas habitués et n'en ayons pas encore tiré les conséquences nécessaires. Mais il ne s'agit pas seulement de conjonctures historiques : comme le peuple juif, l'Église est en contradiction avec toute société et avec tout État pour des raisons théologiques. Les livres historiques de l'Ancien Testament contiennent, à propos du propre État hébreu, une critique virulente non seulement du régime monarchique mais de l'État en général. (...)
En soi, l'État n'a aucune fécondité, il n'est capable que de capter - en les asséchant - des sources de fécondité qui, ultimement, viennent de Dieu. Or l'éducation vise à rendre féconds les esprits et les âmes, et elle a un besoin vital d'être elle-même objet de fécondité, concrètement par la création de nouvelles écoles. Les chrétiens peuvent être féconds en matière d'écoles dans la mesure où ils se tournent vers le Christ, qui est la source de la vie. Mais si, dans leurs têtes et dans leurs cours, ils préfèrent le collier de l'État ou d'une administration au doux joug du Christ, ils se condamnent à la stérilité. Ainsi, un seul verset de l'Écriture suffit à éclairer l'évolution historique de l'école républicaine : résultat de la captation par l'État des modèles des Frères des Écoles chrétiennes et des Jésuites, fruits de la fécondité de l'Église, elle est devenue l'ombre d'elle-même en à peine plus d'un siècle malgré les ressources toujours plus colossales qui lui sont allouées et le dévouement d'innombrables professeurs.

La prise de conscience de ces réalités, à la lumière des Écritures,devrait amener les responsables d'établissements catholiques à considérer avec sympathie et avec le plus grand intérêt les écoles catholiques « hors contrat » que fondent et font vivre de courageux pionniers et ouvriers de la transmission. Dans la mesure où les fondateurs de ces écoles, leurs instituteurs et leurs professeurs ne sont pas soumis à l'État, au prix des lourds sacrifices que cela exige de leur part, il leur est plus facile d'être greffés sur le Christ comme des sarments sur la vigne, et de devenir ainsi sources de fécondité. Leur pauvreté et leur nécessaire abandon à la Providence divine sont des richesses précieuses. Selon moi, ils portent les meilleures chances de vie nouvelle pour l'Église de France et pour la France elle-même.

Cela signifie d'abord qu'un enseignement authentiquement catholique doit consacrer à l'enseignement religieux, directement rapporté au Christ, au moins autant de temps qu'à n'importe quelle autre discipline  intellectuelle. De même qu'un enseignement de la langue est nécessaire, alors que tout enseignement est dispensé dans la langue, de même un enseignement directement rapporté au Christ doit exister, et les autres enseignements s'en distinguer sans en être séparés. Pour un tel enseignement, je suggère cinq ou six heures par semaine, soit une heure par jour de classe, à partir de l'âge de raison jusqu'à la fin du lycée.
L'expérience montre en effet quelle conclusion tirent la plupart des enfants quand ils voient leurs parents penser au Christ au plus une heure par semaine, lors de la messe dominicale, et leur école  nominalement catholique consacrer à un prétendu « cours de religion » une petite heure hebdomadaire plus ou moins facultative et souvent vide de contenu chrétien : leur conclusion logique est que les adultes qui les élèvent et qui se prétendent chrétiens n'accordent pas plus d'importance au Christ qu'aux matières les plus marginales de l'enseignement profane. Ce que l'on enseigne de fait à ces enfants est que le Christ n'est pas la pierre angulaire et qu'on peut se passer de  Lui. Il n'est pas surprenant alors que la majorité d'entre eux finisse par abandonner l'Église. Le seul sujet d'étonnement est que quelques-uns restent fidèles malgré tout : cela me paraît entièrement imputable à l'action de l'Esprit Saint.

Si certains s'effraient de la charge que pourraient représenter cinq ou six heures hebdomadaires d'enseignement religieux s'ajoutant aux enseignements profanes, faisons remarquer que, aujourd'hui en France, des écoles religieuses juives consacrent précisément cinq ou six heures hebdomadaires à l'étude de la Thora et de ses commentaires. Il ne semble pas que cela nuise à l'apprentissage des matières profanes par les élèves de ces écoles, bien au contraire. Nombreux sont les grands universitaires juifs, comptant parmi les meilleurs représentants de leur discipline, qui doivent leur première formation intellectuelle et humaine à des écoles talmudiques fréquentées pendant leur enfance et leur adolescence : j'en connais personnellement parmi les mathématiciens. (...)

J'en viens maintenant au contenu de l'enseignement religieux. Je commence par une négation : à mon avis, le contenu d'un tel enseignement ne doit pas être moralisateur. Ce dont il s'agit est de transmettre le trésor de l'Église ; or ce trésor n'est pas une morale, même si son assimilation est susceptible de produire de grands effets sur le comportement des personnes.
Le trésor de l'Église consiste d'abord et avant tout dans les Écritures saintes. Il s'agit donc en priorité de lire le Nouveau Testament et l'Ancien Testament, et d'en approfondir le sens, qui est inépuisable.
Pour approfondir le sens des Écritures, il est indispensable d'apprendre à connaître et d'étudier leurs grands commentateurs, depuis les Pères de l'Église jusqu'à nos jours, en passant par les moines médiévaux comme St Bernard de Clairvaux, St Thomas d'Aquin et beaucoup d'autres. Il faut enseigner la tradition de l'interprétation des quatre sens de l'Écriture, héritée des rabbins et développée par l'exégèse chrétienne médiévale mise en lumière par Henri de Lubac :


P : /peshat/, le sens littéral,

R : /remez/, l'allusion, l'insinuation,

D : /derash/, la parabole, l'interprétation figurée,

 

S : /sod/, le secret, les mystères divins, le sens prophétique.

Les commentaires les plus profonds des Écritures se développent toujours en éclairant différents passages les uns par les autres, en particulier en tissant des liens - allégoriques et autres - toujours plus étroits entre l'Ancien et le Nouveau Testaments. C'est ce qu'ont fait les moines du Moyen-âge et que nous ne savons plus faire que de manière fruste et grossière, faute de connaître suffisamment la Bible et la tradition de ses commentaires. Il y a là un champ immense pour l'enseignement, d'une richesse inépuisable.En plus des Écritures et de leurs commentaires, et en lien étroit avec eux, le trésor de l'Église comprend aussi les grands textes qui nous ont été légués par les Pères de l'Église, par ses Docteurs, par ses saints, par ses mystiques, par les Conciles et par les papes. Ici encore, il y a matière pour un enseignement propre plus qu'aucun autre à nourrir l'esprit et l'âme. Mais le trésor de l'Église ne comprend pas que des
textes. Ceux-ci sont des traces écrites déposées par l'histoire de l'Église, épouse et corps mystique du Christ. Il faut enseigner l'histoire de l'Église dans toutes ces dimensions, à mon avis d'abord de manière chronologique et structurée. Cette histoire s'enracine dans l'Histoire sainte, c'est-à-dire l'histoire du peuple d'Israël, et se développe de siècle en siècle en produisant des fruits admirables qui ne demandent qu'à devenir objets d'apprentissage : vies de saints qui sont en elles-mêmes un enseignement, fondation d'ordres monastiques, missions dans le monde entier, approfondissements dogmatiques, théologiques et philosophiques, invention des universités, ouvres en faveur des pauvres, invention des hôpitaux, contributions exceptionnelles aux arts, aux lettres et aux sciences, développement du droit.
L'histoire de l'Église comporte aussi de nombreuses et lourdes fautes de chrétiens, individuelles et collectives, qu'il ne faut pas craindre d'enseigner sans fard : le fait que les chrétiens, membres de l'Église, sont exposés au mal, est une grande vérité théologique. (...)
 

Je voudrais pourtant achever cette conférence par le sujet des enseignements profanes. L'utilitarisme est impuissant à les fonder solidement. Leur justification ultime réside dans leur rapport indirect avec le Christ, que je vais évoquer. L'expérience de ces dernières décennies montre en effet qu'ils se défont quand ils ne sont plus mis en rapport avec l'absolu, avec la vérité absolue, pour laquelle nous sommes faits, que les enfants attendent sans la connaître et dont l'oubli décourage les professeurs, qu'ils en soient conscients ou non.
D'un autre côté, le fait que le rapport des enseignements profanes à la vérité absolue, qui est le Christ, ne soit qu'indirect, subtil, et qu'il ne s'impose pas, reflète la nature de la relation de Dieu à sa création : Dieu a créé le monde par sa Parole et le maintient dans l'être, mais Dieu est un Dieu caché, qui ménage à l'homme l'espace de la liberté.

Parmi les enseignements profanes, le plus essentiel est celui de la langue, qui fait de l'homme un être rationnel et relationnel. L'apprentissage de la lecture et de l'écriture, de la structure de la langue - c'est-à-dire de la grammaire -, de la flexion de ses verbes, de son vocabulaire et de ses possibilités expressives presque illimitées, n'est pas indépendant de l'enseignement religieux dont j'ai évoqué la possibilité. Il en est la condition. La connaissance de la langue est indispensable à l'écoute de la Parole de Dieu, et son approfondissement indéfini est indispensable à celui du sens des Écritures et à l'apprentissage de ce que j'ai appelé le trésor de l'Église.
Dans son discours au Collège des Bernardins, Benoît XVI a exalté le lien entre l'étude de la langue et l'écoute de la Parole de Dieu. Il l'a illustré par l'exemple des moines médiévaux, en citant le livre de Dom Jean Leclercq au titre éloquent, «L'amour des lettres et le désir de Dieu ». C'est parce qu'ils cherchaient Dieu que les moines ont étudié les lettres, y compris les belles lettres profanes : cette étude leur apparut nécessaire à la fois pour pénétrer les subtilités des Écritures et des commentaires des Pères, et pour répondre au don de Dieu en faisant monter vers Lui une louange dont l'expression soit la plus forte, la plus belle et la plus profonde possible. L'étude des belles lettres par les moines se sécularisa à partir de la fin du Moyen-âge et de la Renaissance, donnant naissance au modèle de l'honnête homme au sens classique et à la grande littérature européenne. Mais la littérature est en danger de se perdre, comme nous le voyons dans l'enseignement et partout, si son lien avec le mystère du Logos incarné dans la personne du Christ est oublié. En effet, le lien entre la langue et l'écoute de la Parole de Dieu n'est pas seulement un conditionnement matériel. Il repose ultimement sur le fait que toute parole vraie est une étincelle du Logos, et que le Logos est Dieu.

Concrètement, on doit enseigner la littérature profane et son histoire, non pas comme si elle était un exercice formel mais comme une expression fondamentale de l'homme à la recherche de ce qu'il est vraiment. (...)

 

Le quatrième type d'apprentissage en relation indirecte avec le Christ est celui des mathématiques et des sciences modernes de la nature. L'existence de celles-ci repose sur la possibilité qu'a l'esprit humain de développer une rationalité entièrement soumise à la nécessité, entièrement contrainte - qui est la rationalité mathématique -, sur la soumission du monde physique à la même nécessité, et sur la capacité donnée à l'homme de prêter attention au réel, en particulier au réel matériel. Le monde physique obéit à une rationalité parce que Dieu a créé le monde par sa Parole, qui est sagesse. Nous lisons au livre des Proverbes : « Moi, la Sagesse, j'habite avec le savoir-faire, je possède la science de la réflexion. (...) YHWH m'a créée, prémices de son ouvre, avant ses ouvres les plus anciennes. Dès l'éternité je fus établie, dès le principe, avant l'origine de la terre. Quand les abîmes n'étaient pas, je fus enfantée, quand n'étaient pas les sources aux eaux abondantes. Avant que fussent implantées les montagnes, avant les collines, je fus enfantée ; avant qu'il eût fait la terre et la campagne et les premiers éléments du monde. Quand il affermit les cieux, j'étais là, quand il traça un cercle à la surface de l'abîme, quand il condensa les nuées d'en haut, quand se gonflèrent les sources de l'abîme, quand il assigna son terme à la mer - et les eaux n'en franchiront pas le bord, quand il traça les fondements de la terre, j'étais à ses côtés comme le maître d'oeuvre, je faisais ses délices, jour après jour, m'ébattant tout le temps en sa présence, - m'ébattant sur la surface de sa terre et trouvant mes délices parmi les enfants des hommes. » (Pr 8, 1231).
La trace de l'action de la Sagesse dans la création apparaît sous une forme impersonnelle comme la nécessité, pour la raison théologique que la création n'est pas Dieu. L'homme a la capacité de saisir les lois de cette nécessité parce qu'il
est créé à l'image de Dieu. (...)
C'est pourquoi les mathématiques et les sciences modernes de la nature sont liées au Christ, et il faut l'expliquer aux élèves. Mais je crois qu'il faut aussi enseigner que la sagesse est plus que la nécessité, que le monde créé nous laisse d'ailleurs percevoir autre chose que la seule nécessité et que le réel, même matériel, ne se réduit pas à son objectivité mesurable puisque, d'abord, il est sensible et impressionne notre chair. Je pense donc que l'enseignement poussé des sciences modernes de la nature devrait être accompagné d'un enseignement philosophique et théologique qui en expose les fondements et les présupposés, et qui en montre les limites constitutives. (...)

En revanche, il est déplorable que les mathématiques et les sciences de la nature soient absentes des universités catholiques françaises et que les catholiques soient très rares à devenir chercheurs en mathématiques, en physique, et sans doute aussi en ingénierie. Ces disciplines me paraissent autrement mieux fondées théologiquement, et plus propres à la  louange de Dieu, que les prétendues « sciences humaines et sociales » qui ont envahi les universités catholiques alors que, transformant les hommes en objets, elles s'opposent par définition à toute anthropologie chrétienne.

L'essentiel, de toute façon, n'est pas là. L'essentiel est de mettre le Christ au centre de notre vie, de nos lectures, de nos études, de nos enseignements et de nos recherches. En Lui seulement nos recherches, nos enseignements, nos études, nos lectures et notre vie trouveront leur
 sens et leur unité."

 
Extrait de l'allocution de  Laurent Lafforgue "Le Christ est la vérité, fondement d'un  enseignement catholique", donnée à Poissy, lors de la session annuelle de l'ADDEC, le 19 novembre 2009. Le texte complet gagne à être lu :

 http://www.ihes.fr/~lafforgue/textes/ChristVeriteEnseignementCatholique.pdf




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  • Je suis une  heureuse maman de 6 enfants entre 17 ans et 32 mois, mère au foyer, animatrice LLL, responsable de rencontre de mamans et enseignante de mes propres enfants  dans le cadre du homeschooling.
  • Je suis une heureuse maman de 6 enfants entre 17 ans et 32 mois, mère au foyer, animatrice LLL, responsable de rencontre de mamans et enseignante de mes propres enfants dans le cadre du homeschooling.

Ma p'tite famille :

Le papa : 47 ans, originaire de la Guadeloupe. Amoureux du jardinage et du bricolage. La maman 44 ans, institutrice qui n'a plus exercé depuis ..... hum hum ..., animatrice de réserve de La Leche League, ancienne monitrice de portage des bébés en écharpe, créatrice du concept des Rencontres de Mamans ( voir article à ce sujet) Les enfants : L'aînée , 20 ans, scolarisée à la maison de la 6ème à la Terminale (Bac L), licenciée en Langues Etrangères Appliquées (anglais - japonais), actuellement en Master 1de LEA Affaires Internationales, orientation projets culturels et humanitaires, anglais, japonais, arabe - 2 années d'avance (détectée enfant précoce)- responsable scout - piano ( 6 ans de Conservatoire) , guitare - A déjà voyagé dans plusieurs pays (dont 1 semestre d'études à Nottingham et un stage d'études en Israël)- La seconde , 18 ans, scolarisée à la maison de la 6ème à la Terminale (bac ES avec option maths renforcés),1ère année de Licence Arts Plastiques, 1 an d'avance - engagée dans le scoutisme - piano - La troisième, 14 ans, scolarisée à la maison depuis le CE1, en 3ème, piano, gymnaste et scout- La quatrième, 12 ans, scolarisée à la maison depuis le CP, en 4ème, une année d'avance, aussi détectée précoce - équitation, lecture - La cinquième, 10 ans, scolarisée à la maison depuis la MS de maternelle, CM2- au Conservatoire en violon et chant - gymnaste et scout - La sixième, 5 ans, n'a jamais été à l'école, unschooling (apprend autrement qu'en travaillant pour le moment !), très créative ! Le 7ème : dans la patrie céleste depuis le second trimestre de grossesse. Le plus heureux de nous tous :-)

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PSAUME 128

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Ta femme sera comme une vigne féconde chargée de nombreux fruits
Et, autour de ta table,
Tes enfants ressembleront à des plants d'oliviers.
Ainsi sera béni tout homme qui révère l'Eternel ...

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  Ne mets pas ta foi dans tes doutes

  Ni tes doutes dans ta foi. "

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"Une femme capable, intelligente et vertueuse,

qui est  qui peut la trouver ?

Elle est beaucoup plus précieuse que des bijoux

et sa valeur est loin au-dessus des rubis ou des perles."

Proverbes 31 : 10 (version anglaise)

Citation

'' EXERCEZ VOS ENFANTS A L'AUTODISCIPLINE

 PLUTÔT QU'A LA COMPLAISANCE

PENDANT QU'ILS SONT JEUNES. '

Nancy Campbell

 (traduction libre)

 

Sur l'allaitement ..

'' Nourri aux seins de ma mère ! '' Cantique des Cantiques 8 :1

'' Je me levai le matin pour allaiter mon fils. '' I Rois 3 : 21

'' Même chez les chacals, on donne à téter, (...) cette belle qu'est mon peuple devient aussi cruelle que les autruches de la steppe. '' Lamentations 4 : 3

'' ... Les bénédictions des mamelles et du sein. '' Genèse 49 : 25

'' ' Fais ce que bon te semble. Reste ici jusqu'à ce que tu l'aies sevré. Que seul le Seigneur accomplisse Sa Parole. ' La femme resta donc et elle allaita son fils jusqu'à ce qu'elle l'eût sevré. '' I Samuel 1 : 23

 

VOIR ARTICLE '' LE MATERNAGE DANS LA BIBLE ''

 http://heureusemaman.over-blog.fr/article-29589181.html

 

Amitié

Deux amis marchaient dans  le désert.

A un moment, ils se disputèrent et l'un des deux donna une gifle à l'autre.

Ce dernier, endolori mais sans rien dire, écrivit dans le sable :

'' Aujord'hui, mon meilleur ami m'a donné une gifle. ''

Ils continuèrent à marcher puis trouvèrent une oasis dans laquelle ils décidèrent de se baigner.

Mais celui qui avait été giflé manqua de se noyer et son ami le sauva.

Quand il se fut repris, il écrivit sur une pierre :

'' Aujourd'hui, mon meilleur ami m'a sauvé la vie. ''

Celui qui avait donné la gifle et avait sauvé son ami lui demanda :

'' Quand je t'ai blessé, tu as écrit sur le sable. Maintenant, tu écris sur la pierre. Pourquoi ? ''

L'autre ami répondit :

'' Quand quelqu'un nous blesse, nous devons l'écrire dans le sable : les vents du pardon peuvent l'effacer.

Mais quand quelqu'un fait quelque chose de bien pour nous, nous devons le graver dans la pierre : aucun vent ne peut l'effacer. ''

 

                                                                             Texte anonyme.