Pistes pour fêter Pâque(s) autrement
Introduction :
Qu'est-ce qui vous vient spontanément à la pensée ou à celle de vos enfants lorsque vous entendez/lorsqu'ils entendent le mot ''Pâques'' : les oeufs en chocolat et la poule, le lapin, les cloches, le gigot d'agneau d'un bon repas, la perspective d'un long week end...? Ou le souvenir de la crucufixion et de la résurrection ainsi que de leur impact dans votre vie ? Ou les 2 peut-être !
Mais au fait qu’est-ce que cette fête ? Que signifient tous ces symboles évoqués ? Et pourquoi y a-t-il une fête juive qui s'appelle "pâque" et une fête chrétienne qui s'appelle "pâques" ? Y'a-t-il une autre façon d'aborder cette fête que par le biais des traditions et du chocolat ?
1.Quelques informations :
De nombreuses coutumes païennes destinées à accueillir le retour du printemps se rattachent à la fête de Pâques. S'y ajoutent un certain nombre de traditions catholiques ou orthodoxes selon les pays. Nous allons examiner quelques-unes de ces coutumes / traditions qui font partie de la fête de Pâque en France/en Alsace.
La date :
Cette date fait l’objet d’une définition de nature astronomique suivant l'équinoxe de printemps et, selon des calculs assez savants peut tomber entre le 21 mars au plus tôt et le 25 avril au plus tard.
Le lapin de Pâques :
Le lapin de Pâques semble avoir fait son apparition dans le folklore préchrétien. Les lapins et lièvres étaient reconnus pour leur fertilité et sont, par conséquence, devenus un symbole de la nouvelle vie offerte par le printemps. De la même façon, les œufs sont également considérés un symbole de fertilité et aussi d’une nouvelle vie au printemps. Pour une raison ou pour une autre, la notion saugrenue qu’un lapin possède la capacité de pondre un œuf semble être le résultat de la fusion de ces deux symboles distincts à un moment donné dans l’histoire.Les Allemands protestant du XVIIIème siècle qui souhaitaient garder la tradition catholique des oeufs colorés pour Pâque sans avoir à jeûner racontaient à leurs enfants l’histoire du lièvre qui ne pondrait des œufs colorés que dans des nids préparés par de bons petits garçons et bonnes petites filles. La tradition s’est répandue et est maintenant célébrée dans plusieurs cultures, certaines avec quelques légères différences.
Les oeufs de Pâques :
La tradition d'offrir des œufs remonterait à l'Antiquité. Déjà, les Égyptiens et les Romains offraient des œufs peints au printemps car ils étaient le symbole de la germination, de la vie et de la renaissance qui se produit au début du printemps.
L'Église ayant instauré au IVème siècle l'interdiction de manger des œufs pendant le Carême et les poules continuant à pondre, les œufs pondus depuis le début du Carême et n'ayant pas été mangés étaient alors décorés et offerts. De nos jours, le jeûne n'est plus observé aussi strictement mais la tradition d'offrir des œufs, y compris en chocolat, est restée.
Le biscuit en forme d'agneau :
En Alsace et dans certaines régions d'Allemagne, on confectionne un biscuit en forme d’agneau appelé ''Osterlammele'' ou ''Lamala'' Cette tradition typiquement alsacienne du ''Lammele'' est attestée par le théologien catholique Thomas Murner en 1519 : le fiancé offrait un agneau pascal à sa promise. On l’offrait aussi aux enfants au retour de la messe du jour de Pâques. Après le temps du Carême, ce biscuit riche en œufs permettait d’écouler le stock d’œufs accumulé avant Pâques et dont la consommation était proscrite. L’agneau était décoré d'un étendard aux couleurs du Vatican (jaune et blanc) ou de l’Alsace (rouge et blanc).
Les cloches :
En Belgique et en France, les cloches sont rendues silencieuses lors du jeudi-saint en signe de deuil en souvenir de la crucifixion du Christ et pour éviter qu'elles ne sonnent pendant les deux jours suivants. On dit qu'elles sont parties pour Rome, et elles reviennent le jour de Pâques en célébration de sa résurrection en ramenant des œufs qu'elles sèment à leur passage.
Féminin ou masculin ? Singulier ou pluriel ?
Pâques est un nom masculin singulier lorsqu'il désigne la fête de Pâques (Pâques est bien froid cette année), et un nom féminin pluriel lorsque s'y ajoute une épithète (Pâques fleuries, Pâques pluvieuses, joyeuses Pâques).
Le mot ''Pâque'', au singulier, désigne une fête religieuse juive. ''Pâques'' (avec un ‘s’) s’applique à la fête chrétienne (on dit ‘célébrer Pâques’, ou ‘les Pâques’ ; ‘joyeuses Pâques’). Il est intéressant de noter que c'est la seule fête que juifs et chrétiens ont en commun et, qui plus est, à la même période de l'année, avec seulement quelques jours d'intervalle.
2.Pâque dans l'Ancien Testament :
La fête de Pâque correspond à la sortie d'Egypte du peuple hébreux. C'est donc le passage de l'esclavage à la liberté, la naissance d'Israel en tant que nation. A ce titre, c'est l'une des plus importantes fêtes du calendrier hébreux. On en trouve le récit dans le livre de l'Exode, à partir du chapitre 11. Dieu avait envoyé Moïse délivrer les Hébreux du pouvoir totalitaire et esclavagiste du pharaon (vers -1500 av. J.C.). Sans jamais utiliser la violence, Moïse demanda la libération de son peuple à maintes reprises, mais toujours le pharaon s’obstinait et devenait même de plus en plus méchant. Dieu décida alors de frapper les Egyptiens de plusieurs fléaux, espérant que le pharaon céderait. Comme au contraire ce dernier s’endurcissait, Dieu décida la mort de tous les premiers nés d’Egypte (ce fut le dernier et le plus terrible des 10 fléaux). Mais il avait dit à Moïse que les juifs seraient épargnés s’ils mettaient sur les linteaux de leur porte d’entrée le sang d’un agneau, le soir où Dieu passerait sur l’Egypte :
«Ce mois-ci sera pour vous le premier mois de l'année...que chaque maison ou chaque famille se procure un agneau...Vous le garderez jusqu'au quatorzième jour de ce mois: ce jour-là, tout l'ensemble de la communauté d'Israël immolera ces agneaux à la nuit tombante. On prendra de son sang et l'on en badigeonnera les deux montants et le linteau de la porte des maisons où il sera mangé...Je parcourrai l'Egypte cette nuit-là et je frapperai tout premier-né dans le pays, homme et bête...Le sang sera pour vous un signe sur les maisons où vous serez; je verrai le sang, je passerai par-dessus vous. Ainsi le fléau destructeur ne vous atteindra pas lorsque je frapperai l'Egypte. De génération en génération, vous commémorerez ce jour par une fête que vous célébrerez en l'honneur de l'Eternel» (Exode ch.12 v.1-14)
Le nom de cette fête vient précisément de cette épisode : ''Il passa (par-dessus)'' se disant ''pessa'h'' (פסח) en hébreu, mot qui par donne ''pâque'' par dérivation''.
De nos jours, le peuple hébreux célèbrent cet événement durant 7 jours (voir
fiche annexe).
3.Pâque dans le Nouveau Testament :
Du temps de Jésus, le repas traditionnel (Seder) pour fêter la Pâque, comportait les éléments symboliques suivant : un agneau rôti (souvenir de l’agneau sacrifié pour la libération), des herbes amères (souvenir de l’amertume de l’esclavage), du pain sans levain, et quatre coupes de vin (souvenir du sang mis sur les linteaux). Après la première coupe de vin on racontait l’histoire de l’Exode, puis on chantait les psaumes 113 et 114, puis venait une deuxième coupe. Suivaient alors le partage symbolique du pain, la troisième coupe et le chant des psaumes 115 à 118, avant la quatrième coupe.
Pâques est pour les chrétiens la commémoration de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ. Le mot Pâques a été repris de la fête juive car c’est pendant cette fête que Jésus a été mis à mort, vers l’an 30 ou 33 .
Jésus était alors à Jérusalem avec ses disciples et ils fêtaient Pâque lors d’un repas, comme tous les Juifs. C’était un jeudi soir, sur le calendrier. Cependant, dans la nuit qui suivit, Jésus
se fit arrêter par les responsables religieux. Au petit matin du vendredi, il était jugé et condamné à mort par les autorités romaines. Il fut alors crucifié. Cependant, 3 jours plus tard, le
premier jour de la semaine selon le calendrier juif (le dimanche), Jésus ressuscite (selon le calcul juif, le vendredi est compté comme le jour 1). Son tombeau est retrouvé vide et lui-même
apparaît bien vivant à ses disciples..
Pâques est donc pour les chrétiens, le «passage» de la mort à la vie de Jésus. Le Christ est vivant, Dieu l'a ressuscité. Nous trouvons le récit de ces évènements dans l'Evangile de Matthieu à
partir du chapitre 26, dans l'Evangile de Marc à partir du chapitre 14, dans l'Evangile de Luc à partir du chapitre 22 et dans l'Evangile de Jean à partir du chapitre 18. Jésus est donc
''l’agneau de Dieu qui ôte le péché du monde''
(Jean ch.1v.29). Sa mort le Vendredi Saint est mise en rapport avec
l’immolation des agneaux de la pâque juive et c'est pourquoi l’apôtre Paul pourra écrire : '' Le Christ notre pâque a été sacrifié'' (I Corinthiens 5: 7).
Ainsi la résurrection de Jésus de Nazareth est -elle devenue le fondement de la foi chrétienne. L'apôtre Paul a écrit ''Si le Christ n'est pas ressuscité, nous n'avons rien à prêcher et vous n'avez rien à croire.'' (1ère épître aux Corinthiens ch.15 verset 14). D'où l'importance fondamentale de cette fête pour nous chrétiens, bien avant celle de Noël pourrions-nous même dire.
4.Parallèles entre la Pâque juive et la Pâque chrétienne :
Nous avons déjà évoqué le parallèle entre l'agneau sacrifié au moment de la sortie d'Egypte et Jésus qui est présenté comme l'agneau de Dieu ''qui a été immolé'' (Apocalypse 5 : 12). La mort de Jésus est ainsi manifestement mise en relation avec la délivrance de l’Exode, avec la différence que le sang des agneaux de l’Exode est la délivrance d’un peuple, alors que le sang du Christ délivre des gens du monde entier pour les rassembler en un seul peuple dans le royaume de Dieu.
Son sang délivre en effet celui qui se place à son bénéfice d’un esclavage particulier, qui touche tous les hommes : celui du péché, c'est-à-dire du mal qu’il y a en chacun de nous. Comme le sang de l'agneau sacrifié en Egypte a permis d'échapper au jugement de Dieu , de même celui qui reconnaît le salut apporté par Jésus au travers de sa crucifixion et de sa résurrection échappera au jugement final où tous les hommes rendront compte de leurs actes commis à cause du péché. Grâce au sang du Christ, Dieu «passe» par dessus les péchés de celui qui croit en Jésus : Il lui pardonne et l’accueille dans sa présence : ''C’est pourquoi Jésus aussi, pour sanctifier le peuple par son propre sang, a souffert ...''(Hébreux 13:12)
A l’instar de Moïse aussi, Jésus fait donc marcher son peuple ( c'est-à-dire ceux qui croient en lui) vers le pays promis que constitue la vie éternelle avec Dieu, dans sa présence; la mort de Jésus accomplissant dès lors le projet final de Dieu dont l’Exode n’était que la préfiguration.
Concernant les pains sans levain enfin (Exode 12:8), les chrétiens sont aussi appelés à ôter le levain de leur vie, celui-ci ayant une signification spirituelle et symbolisant dans les Evangiles l'hypocrisie :''Jésus se mit à dire en premier lieu à ses disciples: Gardez–vous du levain des Pharisiens, qui est l'hypocrisie .'' (Luc 12:1).Paul en parle également en I Corinthiens 5: 6-8 : ''Ne savez–vous pas qu’un peu de levain fait lever toute la pâte ? Purifiez–vous du vieux levain, afin que vous soyez une
pâte nouvelle, puisque vous êtes sans levain, car Christ, notre Pâque, a été immolé. Célébrons donc la fête, non avec du vieux levain, ni avec un levain de perfidie et de méchanceté, mais avec les pains sans levain de la sincérité et de la vérité.''
5.Pourquoi fêter Pâque et quelle Pâque fêter ?
Ce sont 2 questions que je me suis personnellement posé un certain nombre de fois déjà. En effet, s'il est bien évident, au vu de tout ce que nous venons de partager qu'il n'est absolument plus question de fêter Pâque(s) en compagnie du lapin et des oeufs en chocolat amenés par les cloches, aussi appétissants puissent-ils être, tout ceci n'étant que du foklore humain dont le but n'est autre que de nous faire oublier ou négliger l'oeuvre rédemptrice de Jésus à la croix, il n'est pas pour autant facile d'indiquer une manière ''chrétienne'' ou ''néo-testamentaire'' de vivre cette fête, Jésus l'ayant lui-même fêter selon les coutumes juives de l'époque.
C'est après avoir lu à plusieurs reprises, au fil des années, les différents textes bibliques relatant ces évènements et en priant le Saint-Esprit de m'éclairer que j'ai réussi à dégager les élèments suivants :
1.Pourquoi fêter Pâque ?
*Pâque est, contrairement à d'autres fêtes chrétiennes et notamment à Noël, une fête réellement biblique. A ce titre elle mérite donc d'être fêter.
*Jésus a fêté Pâque et nous sommes amenés à être ce qu'Il est et à accomplir les oeuvres qu'Il a accomplies (et même de plus grandes !)
*Fêter Pâque est un commandement que Dieu nous donne car il est écrit en Exode 12:14 : '' De génération en génération, vous commémorerez ce jour par une fête que vous célébrerez en l'honneur de l'Eternel. Cette fête est une institution en vigueur à perpétuité.''
*Dieu explique la raison d'être de cette fête : ''En ce jour-là, vous expliquerez à vos enfants la signification de cette fête en disant : ' tout cela je le fais en mémoire de ce que l'Eternel a fait pour moi quand je suis sorti d'Egypte.''' Cette fête sera pour vous comme une marque sur votre front pour que la Loi de l'Eternel soit l'objet de vos conversations.'' (Exode 13:8-10)
2.Quelle Pâque fêter : biblique, juive ou chrétienne ?
*Si on veut s'en tenir au recommandations bibliques strictes, Dieu explique clairement en Exode 12:15-20 et 13:8-10 comment célébrer cette fête. Rien ne nous empêche de choisir de célébrer Pâque de cette manière-là, tout en nous rappelant que chacun des élèments a pour nous une portée spirituelle qui s'est accomplie ou trouve son parallèle dans le Nouveau Testament.
*Il est également possible, comme cela se fait d'ailleurs assez couramment, de vivre ce temps festif à la manière juive au travers du repas du seder dont chaque élèment a une symbolique précise rappelant un aspect de la sortie d'Egypte. (voir fiche annexe)
*Il est aussi possible de profiter de cette fête pour vivre en famille une Sainte-Cène spécifique ''en mémoire de ce que l'Eternel a fait''(Exode 13:8) pour nous au travers de la mort et de la résurrection de Christ et ''pour que la Loi de l'Eternel soit l'objet de nos conversations.'' (Exode 13:9)
*Il est possible de faire un mixte de ces différentes possibilités. A nous de nous laisser conduire, année après année, dans ce que le Seigneur nous met à coeur. Contrairement à Noël et malgré le fait qu'elle soit un commandement immuable de Dieu, la fête de Pâque n'a pas, pour nous chrétiens, un caractère figé. Libre à nous de la décliner le plus différemment possible pour éviter d'en faire quelque chose de lassant et, à la longue, d'inintéressant pour nous et nos enfants. Avec l'aide du Saint-Esprit et la ferme volonté de bannir définitivement le lapin de Pâque, nous ne devrions pas avoir de mal à en faire un moment joyeux et festif pour tout un chacun ! Ce qui n'empêche pas de manger du chocolat, sans accorder d'importance à sa forme !!
6.Quelques idées concrètes pour vivre cette fête en famille en dehors des traditions / avec une orientation biblique :
Décoration de la maison avec des élèments rappelant le récit vétéro ou néo testamentaire .
Mise en scène de la sortie égypte en se costumant et en mimant l'évènement, y compris le repas tel que décrit dans la Bible.
Mise en scène de la crucifixion.
Réalisation du jardin du tombeau.
Repas du seder. (voir lien)
Aller avec une autre famille éventuellement chez un éleveur, tuer ou faire tuer un agneau, le partager, préparer ensemble un
repas de Pâque en s'inspirant des indications bibliques ou non. (selon Exode 12:4-6)
Prendre un temps spécifique pour consacrer le premier-né de la famille.(selon Exode 13: 13-16, sachant que l'expression ''premier-né'' signifie littéralement ''qui ouvre la matrice'').
Expliquer/lire/raconter la pâque juive et faire le parallèle avec l'oeuvre de Jésus.
Développer la thématique de l'agneau de Dieu.
Vivre une sainte cène familiale
Vivre un événement chrétien exceptionnel (convention, ...)
Se joindre à la communauté juive
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